Une vision holistique :
un pont entre deux dimensions.

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Mon témoignage... 

Ce que j’ai appris de mon parcours de soignante que je vois comme un chemin d’évolution c’est qu’à travers l'autre, il existe un effet miroir  qui m’a toujours permis de grandir. Bien souvent ce sont les patients, les collègues les gens que j’ai rencontré sur ma route qui m’ont donné envie de toujours plus de lien, toujours plus de soins, toujours plus de connaissances, pour aider, trouver du sens à la condition humaine. S’adapter c’est essentiel dans ce trop de tout, multitâche ambiant.  Il est difficile d’exercer nos compétences d’être efficient, efficace, d’être au four et au moulin de devoir tout faire mais jamais en profondeur et rarement avec toute la dimension que nous aimerions créer pour nos patients. Et puis les problèmes d’équipes, microsystèmes qui se heurtent au quotidien, parfois des coups de gueule, des moments inoubliables le plus souvent, une forme de famille que l'on découvre. Dans la relation d’aide il se passe des choses qui vont au-delà de la science et qui parle d’âme, d’énergie, de mémoire. Plus que l’intérêt scientifique et humain, être infirmière m’a appris à ressentir d’avantage, à mieux me connaître et je découvre chaque jour un peu plus l’univers d’une médecine plus intégrative que je souhaite explorer pour des soins aux patients toujours plus complet. Je suis également d’avis que soigner c’est aider l’autre à activer sa propre capacité d’auto-guérison. Je ne parlerai pas de vocation, mais être infirmière est selon moi une profession de service, de sciences et surtout de communication. J’aime les défis que cette profession m’a présenté.

Parcours d'une vie....

Aider l’autre, être au service est ma fibre naturelle, j’ai dû apprendre à ne pas trop donner pour me préserver d’un côté éponge émotionnelle. La perte brutale de mon papa dans l'enfance et être aidante dans ma propre famille durant mon adolescence m’a demandé beaucoup de responsabilités morales, j’avais de grand rêve et une soif d’aller dans le monde.  J’ai vu le potentiel unique de cette profession qui permet d’être auprès de l’Humain et en même temps d’avoir des connaissances pointues sur le comportement humain, sa psychologie et la santé de manière globale. Aujourd’hui, l’infirmière fait de la recherche, elle promeut la santé, elle est polyvalente et de par ses compétences et savoirs, elle a un rôle très important dans le système de santé si on lui accorde se status. C’est cette autonomie de réflexion que j’entretiens avec conviction. Il y a également le large éventail de rôles qui assez exceptionnel en tant qu’infirmière car nous pouvons vraiment évoluer dans des services très divers, être sur le terrain, dans l’enseignement ou la gestion. Exercer auprès de plusieurs populations et secteurs de soins et selon moi, un atout, surtout lorsqu’on est curieuse et que notre envie d’apprendre et d’évoluer et importante. De plus, l’opportunité de travailler dans d’autres pays auprès d’autres cultures m’a toujours attirée. Être infirmière est aussi avoir des responsabilités tout en étant dans une structure et en partenariat avec ses pairs, c’est-à-dire que le travail en interdisciplinarité et très important et permet dans les moments de doutes ou de difficultés d’être soutenue et de pouvoir toujours enrichir ses connaissances et d’être efficient pour de meilleurs soins aux patients et une meilleure qualité des soins. L’aspect technique des soins infirmiers n’est que la pointe de l’iceberg, la pensée infirmière, notre réflexion au quotidien, les compétences de leadership les questions éthiques et de qualité de soins… viennent assurément de manière moins visible consolider notre travail au quotidien.  A 18 ans quand j’ai choisi pour la première fois ce « métier » c’est parce que les Beaux-Arts n’en était pas un J. A 30 ans lorsque j’ai repris mes études, je voulais être infirmière de profession, je me suis engagée sans hésitation, j’ai toujours su que c’était mon rôle mais que l'aventure ne s’arrêterai pas là !

J’exerce comme infirmière depuis 2018, même si je suis soignante depuis beaucoup plus longtemps ayant eu un parcours d’assistante médicale puis assistante en soins et santé communautaire auparavant. Je travaille auprès de la personne âgée certainement depuis toujours. J’aime les aînés, gardiens d'une certaine sagesse qui tend à être oubliée et il y a un côté rassurant et profondément humain à être auprès d’eux. J’ai entrepris mes études à HEAV une partie et j’ai une eu la chance de faire un semestre d’étude à l’Université de LAVAL à Québec et une expérience de 3 semaines en Chine dans le cadre d’un cours sur la médecine traditionnelle chinoise. Vivre ces 3 ans intensives et de manière totalement autonome a été un tremplin, je suis reconnaissante d’avoir pu avoir cette chance extraordinaire.

Quand je suis sortie de mes études, je voulais travailler auprès des enfants et dans l’Humanitaire (raison de mon voyage en Asie où j’ai été visité la fairfuturfoundation en 2018).

A mon retour, j’ai fait un remplacement de 3 mois dans une structure que je connaissais déjà et puis j’ai accepté un poste fixe en médecine et gériatrie aigu. Ce milieu mêlant, médecine, réadaptation et soins palliatifs et d’une richesse mafois mal connue. De part la diversité de l’offre en soins on nous demande d’être spécialiste de la personne âgées mais aussi de pouvoir  allier des compétences de réadaptation physique et de soins palliatifs. Au niveau de nos rôles cela demande une adaptation constante dans la relation allant du prendre soins de la personne dépendante, à l’accompagnement vers le mieux être menant au retour à domicile en passant par les situations d’urgences ponctuelles et toute la démarche des soins palliatifs... la richesse c’est la  conscience du potentiel et de  déployer une palette très riche de compétences et surtout l’occasion d’aller plus loin en osant être plus créative et originale dans notre prise en soins. Le service dans lequel j’évolue à un grand potentiel même si les conditions actuelles ne permettent pas toujours de l’exploiter on a une grande liberté d’autonomie qu’on ne retrouve pas partout.  J’ai choisi de travailler à 80% pour me permettre de concilier ma vie personnelle et professionnelle, j’ai plusieurs casquettes et j’ai besoin d’entreprendre plusieurs activités pour me sentir épanouie.  

Expertise et valorisation

Je vais être très honnête, la formation HES n’est pas assez exploitée. Je pense que c’est à nous d’oser mettre en avant nos compétences et si cela est fait dans un désir juste il est très bien perçu. Ce que je peux dire et que j’ai expérimenté c’est que la connaissance fait peur. Il faut trouver l’art du juste mot au bon moment. Cela demande beaucoup d’énergie mais je pense que cela est nécessaire surtout dans des milieux où les infirmières viennent de plusieurs horizons. Selon moi le respect et la compréhension du parcours de chacun est nécessaire. Il manque toutefois souvent un socle commun qui permet d’unifier le quotidien des soins, cette problématique et selon moi institutionnelle et non infirmière dépendante. Parfois quand on fonctionne depuis des années d’une certaine manière on ne voit même pas qu’on pourrait faire autrement. Apporter cette vision innovante et tout à fait compatible avec la pratique en apportant de tout petits changements mais qui peuvent faire toute la différence pour toute l’équipe. J’ai pu me sentir frustrée mais souvent on l’est car on n’ose pas exposer ses idées. J’ai la chance d’avoir une cheffe d’équipe avec de l’expérience pratique qui est ouverte aux propositions. Je pense que c’est un bon début, tout le monde sait aujourd’hui que les conditions financières déterminent à un haut pourcentage la concrétisation de nos idées d’améliorations. Les compétences infirmières mériteraient d’être exploitée sur le terrain et reconnus à sa juste valeur. J’ai appris à poser un stéthoscope c’est une chose mais pour moi le plus important et la réflexion qui a derrière. Les infirmières savent et souvent ne savent plus qu’elles savent. Je pense qu’il est de notre rôle de nous mettre en avant mais culturellement parlant c’est difficile pour beaucoup. Avoir confiance en soi devrait être une qualité qui sert à s’élever soi et surtout l’environnement donc en contribuant à une politique d’amélioration et de bienveillance dans les équipes. 

Ma pensée sur l’Art et sa place dans les soins de qualités ?  Je ne peux plus séquencer l’art des soins, l’art de la Vie tout court. L’Art est non seulement un refuge un soutien mais l’expression la plus libre de Soi et de la perception du monde.

Le pourquoi de mettre en lumière de manière artistique la profession infirmière au travers du BodyArt et de la mise en beauté ? j’espère que les consciences s’éveillent et que surtout cela est aidant. Exercer une profession aussi difficile mérite que l’on s’accorde aussi des temps de répit, s’arrêter contempler tout le travail fait au quotidien. Parce que la réalité et que pour les soignants c’est « normal », on s’oublie, on ne se voit même plus.

Sur l’initiative populaire pour des soins infirmiers forts (ASI). L'initiative a largement était validée par le peuple, les résultats indiquent que l'infirmière a une place indispensable dans l'esprit des gens. C'est gagné !

Si je pense qu’il est important pour une infirmière aujourd’hui d’apprendre à prendre soin de soi et de renforcer, l’estime de soi, le bien être personnel, de reconnaître ses forces et faiblesses et de savoir se positionner pour être une infirmière épanouie et efficace au travail au sein des équipes et avec les patients ? Il en va de soi pour chaque personne, chaque corps de métier. Le message qui je l’espère sera compris et qu’il n’y a pas de collectif sans individus. Le processus d’individualisation décrit notamment par Jung en est le témoin. Savoir rester pragmatique on ne peut pas consacrer sa vie à l’introspection quand justement notre place est dans le collectif. L’Art et de savoir traverser ses deux rives, construire un pont car on ne peut plus se laisser guider sans conscience. Je pense qu’il faut savoir remercier le passé pour ses enseignements et je pense qu’il faut savoir aussi se faire confiance et avancer avec d’autres connaissances, d’autres croyances pour apporter au monde. Quand on parle du "Je" ce n'est pas de l'égoïsme, c'est un parcours d'individualisation qui se fait en amenant la conscience à soi. Cela commence avec soi, l’image que l’on a de soi-même et de son estime propre.

Est-ce que la crise Covid a changé drastiquement mes conditions de travail ?

Il a fallu faire preuve d'une très grande adaptabilité que ce soit au niveau des horaires mais aussi dans la logistique lorsqu'il a fallu créer des espaces COVID. Cette pandémie a eu des répercussions dans ma vie sur le plan émotionnel et spirituel. J’ai un sens de l’analyse et de la justice particulièrement fort et les prises de consciences ont été relativement massive. J’ai besoin de temps pour peser dans ma balance personnelle. D’où la nécessité d’avoir l’art dans ma vie pour exprimer mes belles couleurs. Je pense que nous avons tous de manière différente été ramené à nos valeurs et invité à changer ce que nous pouvons mais à le faire dès maintenant à notre échelle avec notre cœur. Au niveau du travail, je sais aujourd’hui que notre force réside dans les liens de soutien et notre capacité à se réinventer, nous ne pouvons pas contrôler les conditions dans laquelle nous devons travailler. Je pense toujours à la précarité des autres pays et nous avons ici beaucoup de chance. Mais je garde en tête le chemin à parcourir encore pour faire reconnaître d’avantage la place indispensable des infirmières dans notre société et cela passe par une revalorisation globale et un changement urgent de paradigme et de conscience collective.

Si j'ai déjà pensé à arrêter la profession ? Arrêter non, j’aurai pu mais on dit de mois que je suis forte et optimiste. Par contre, je me questionne très souvent sur une ré-volution de ma profession et d’aller vers une manière de soigner qui serait plus en lien avec mes valeurs. Mes motivations : Mes patients, je crois que je les aime profondément. Il y a certains moments de ma vie où je me suis trouvée isolée, prendre soins des autres, étudier l’Humain, m’a aidée à me construire. Et puis aucun jour ne se ressemble même si le quotidien et routinier. La joie de voir mes collègues, je suis dans une petite équipe, il est de notre culture de s’entraider. L’esprit d’équipe fait partie des points pour renforcer la fidélité des infirmières dans un service.

Ce que je changerai pour la communauté des infirmières et de tous soignants ? Des horaires de 8h30, des salaires qui reflètent la complexité de la profession, travail à 80% pour tout le monde en percevant un salaire à 100% ( je vois des gens sourire… réfléchissait y !). Plus de personnel soignant, nous sommes selon moi trop peu par rapport au ratio patients. L’intégration des art-thérapeutes, assistants-sociaux, socio-esthéticiennes et tout artistes dans les unités en ouvrant des postes de travail. Un pont qui relie 2 univers. Je pense que ce qui se passe à petite échelle dans nos services c’est le reflet de comment nos communautés, notre système évolue, on serait des témoins du quotidien avec une population concentrée, à nous de contribuer à la création d’ un meilleur système. Je pense aussi que les décisions capitales sont dans les mains de personnes qui ne sont malheureusement pas dans la réalité des soins, sur le terrain. 

SI je devais changer de voix ?  La voie est là depuis le début et le sera encore longtemps, aujourd’hui mon expérience, mes valeurs font que je me dirige vers une approche plus holistique de l’être humain et une nouvelle expérience en pédiatrie m'attend. J’ai aussi profondément envie d’aider les gens à aller explorer leur intériorité pour qu’il puisse aller avec plus de liberté et d’amour pour eux et les autres.  Permettre aux petits et grands d’avoir accès à leur monde intérieur et de légitimer son existence. Je crois que sous hypnose on peut faire des miracles ne croyez-vous pas ?...

Un mot de fin... Ce qui est en haut et en bas. Ce que j’ai en moi appartient déjà au monde. Il ne faut pas avoir peur de sa propre lumière ni de ses parts plus sombres et limitantes. « C’est cela l’art d’être soi ».

Je profite pour remercier tous les participants pour cette expérience, du fond du coeur.