audrey 6_edited.jpg

Infirmière référente en soins à domicile :  une relation de confiance précieuse, différente qu'en contexte hospitalier.

Témoignage : Apporter de l'écoute et créer un lien avec ses patients apportent bien plus au coeur que les actes purement techniques tels que "faire une piqûre " ou donner un médicament. La meilleure des récompenses, c'est de sentir que la personne en face de soi est apaisée par ce que je peux lui apporter. La relation d'aide que j'offre aux personnes fragiles me donne la conviction d'être à ma place. Je suis reconnaissante d'avoir choisi cette profession rien que pour cela. 

Audrey, parle moi de  ton parcours, ton travail au quotidien dans ton service, comment tu exerces, quels sont tes motivations, que trouves-tu d’intéressant dans la spécificité de ton travail? J'exerce comme infirmière depuis 2018, le corps humain me passionne depuis toujours, étant quelqu’un de cérébral, j’aime pouvoir chercher les causes et faire des liens entre la théorie que j’ai apprise et la pratique. J’aime le contact humain. Sentir que je peux être une présence rassurante pour les gens est pour moi très gratifiant. J’aime sentir que j’apporte quelque chose de positif chez les patients. Dans les soins à domicile, je m’organise en fonction des personnes que je vais voir selon un planning que j’ai élaboré. En fonction des situations je m’adapte aux demandes immédiates, traite les situations plus urgentes et gère le reste en second temps. Ce qui est intéressant c’est que l’on a une vraie autonomie dans les prises en charge. J’évalue comment mettre en place les soins à domicile, je créer un lien avec le patient et ensuite nous décidons du planning ensemble. Ce qui est vraiment bien, c’est que l’on demande vraiment le consentement du patient à leurs projets. En général ils aimeraient rester à domicile le plus longtemps possible et vu que c’est notre rôle, nous trouvons quasiment toujours des accords. La spécificité des soins à domicile c’est que toutes les infirmières viennent d’un service différent, nous pouvons donc nous donner des conseils et des idées pour certaines prise en charge. Le fait que nous sommes seul sans médecin à disposition est aussi spécifique car nous n’avons pas forcément de réponse dans l’immédiat et devons être créatif dans certaines situations... Mon ressenti c’est que certains médecins traitants ne comprennent pas forcément la complexité des prises en charge à domicile et souvent lorsque le maintien est précaire, nous nous retrouvons vite seul dans la situation et impuissant ce qui peut être frustrant car nous avons tous envie de faire le mieux pour nos patients et donc c’est très compliqué de lâcher prise. Je parle en nous car c’est ce qui ressort le plus avec mes collègues lors de nos discussions. J'ai choisis de travailler dans ce secteur pour, le temps que l’on a disposition avec les patients, nous avons plus de temps de discuter avec eux et de considérer leur environnement dans la prise en charge est pour moi plus intéressant. Avant de se rendre à l’hôpital, les patients sont chez eux, c’est la ou c’est important de les accompagner dans le maintien de leur autonomie et indépendance. Leur environnement de vie est très important et le maintien à domicile avec un suivi à long terme me plait. Nous avons une relation de confiance très précieuse et l’alliance que nous pouvons créer n’est pas pareil qu’à l’hôpital. De plus, les horaires sont aussi très confortables, je ne fais plus de nuit et moins de week-end.

Trouves-tu que ton expertise infirmière est valorisée sur ton lieu de travail et peux-tu mettre en pratique les compétences apprises lors de tes études? A domicile nous nous retrouvons souvent seul dans certaines situations, nous sommes obligées de se fier à notre expertise et nous n’avons personne pour valider cela. Ma motivation est la qualité de vie que j’ai à être aux soins à domicile.

Penses-tu que l’Art a sa place dans les soins de qualités ? Honnêtement, je pense que tout ce qui peut apporté quelque chose de plus « spirituel » à quelqu’un dans une prise en charge peut que être bénéfique pour autant que la personne soit preneuse.

Que penses-tu de mettre en lumière de manière artistique la profession infirmière au travers du BodyArt et de la mise en beauté ? C’est une très jolie façon de procéder. Je pense que c’est comme-ci elle mettait de la couleurs, des images sur les émotions et donc du coup, pour celui qui y réfléchit, il peut faire aller son imagination et percevoir ce que l’on ressens.

Penses-tu que la valorisation des infirmières, par l’art et la valorisation de l’image de soi contribue au développement de cette profession et son attractivité dans notre société actuelle. Je sais que pour moi, cela a eu u effet bénéfique et après cela j’ai été dans une période introspective, qui m’a menée a des réflexions personnelles qui ont des répercussions sur ma vie professionnelle de manière inconsciente…  Mais je pense que cela dépend de comment la personne appréhende son monde et celui qui l’entoure

Penses-tu que l’aspect artistique de ce projet puisse renforcer de manière positive l’initiative populaire pour des soins infirmiers forts (ASI)? Je l’espère.

Penses-tu que l’aspect esthétique que je propose amoindri les aspects professionnalisant que nous revendiquons au travers de cette initiative ? non, au contraire. 

Penses-tu qu’il est important pour une infirmière aujourd’hui d’apprendre à prendre soin de soi et de renforcer, l’estime de soi, le bien être personnel, de reconnaître ses forces et faiblesses et de savoir se positionner pour être une infirmière épanouie et efficace au travail au sein des équipes et avec les patients ? oui  

Est-ce que la crise Covid change drastiquement tes conditions de travail ? ta manière d’exercer ta profession ?  Non pas autant, mais c’est vrai que nous devons faire face aux absences des collègues les tournées sont chargées et j’ai moins de temps administratif pour gérer mes dossiers personnels. Nous devons adaptés les prestations et les diminuer au maximum afin d’éviter les contacts au maximum. Ce qu’il risque d’arriver c’est que les prestations ont  trop été vue à la baisse pour éviter les contacts fréquents et les risques de contaminations notamment lors des douches et donc nous avons moins de travail, ce qui dit que nous facturons moins aux assurances maladies et ce qui dit que cela pourrait avoir des répercussions sur nos salaires, ou si ce n’est pas sur les salaires directement, sur les primes etc..

As- tu déjà pensé à arrêter la profession ? Oui, pour être indépendant et m’organiser comme je veux. J’aime pouvoir être libre dans mon organisation. Ma place de travail aujourd’hui me le permet déjà donc je suis contente mais c’est un but que je me suis fixé. J’aimerais quand même rester dans l’aide à l’autre , le soin et le partage.

Si tu avais un souhait que changerais-tu pour la communauté des infirmières et de tous soignants ? La qualité de vie, je demanderais qu’elle soit meilleure. La profession plus reconnue et mieux payée. Mais surtout, je souhaiterai que les infirmières puissent rester heureuse de pratiquer et ne pas être trop rapidement usées par toutes les difficultés que nous rencontrons tant matérielles, émotionnelle, relationnelles et éthiques…

SI tu pouvais changer de voie que ferais- tu ? Thérapeute à mon compte – kinésiologue pour humain et animaux.

Le mot de la fin ?  Que tout est mouvement, rien n’est figé, nous pouvons décider d’améliorer notre vie mais pas celle des autres, nous avons le pouvoir pour nous-même, nous pouvons guider les personnes sur d’autres horizons mais nous ne pouvons pas avoir la responsabilité du bonheur de chacun et je pense que malheureusement, tant qu’il y a des personnes qui pense avoir atteint le bonheur en le confiant à quelqu’un nous nous trompons de chemin…